Omra et règles : ce qui reste permis, ce qui attend
C’est l’inquiétude de beaucoup de pèlerines : des mois de préparation, un billet payé, et les règles qui arrivent au mauvais moment. La réponse tient dans un hadith d’Aïcha, et elle est plus rassurante qu’on ne le pense.

Peut-on faire la Omra quand on a ses règles ?
Oui pour l’ihram, non pour le tawaf. La femme qui a ses règles entre en ihram au miqat comme les autres, garde cet état, invoque et répète la Talbiya. Elle attend seulement d’être purifiée pour faire le tawaf autour de la Kaaba, puis elle termine sa Omra. Les règles ne l’annulent pas : elles la retardent.
Le texte de référence est un récit d’Aïcha, rapporté par al-Boukhari. Partie avec le Prophète (paix et bénédictions sur lui), elle a ses règles à Sarif, près de La Mecque, et se met à pleurer. Il lui dit : « C’est une chose qu’Allah a prescrite aux filles d’Adam. Fais ce que fait le pèlerin, sauf que tu ne fais pas le tawaf autour de la Maison jusqu’à ce que tu sois purifiée. »
Deux idées dans cette phrase. La première console : rien d’anormal, rien de honteux, c’est le lot de toutes les femmes. La seconde fixe la règle : une seule exception, le tawaf.
Source : al-Boukhari 305 (hadith d’Aïcha).
Que peut faire une femme qui a ses règles pendant la Omra ?
Tout, sauf trois choses. Elle peut entrer en ihram, invoquer, faire du dhikr, répéter la Talbiya et, selon l’avis commun, faire le sa’i si ses règles arrivent après le tawaf. Elle ne fait ni le tawaf, ni la prière, et ne reste pas dans la mosquée. Le cas de la lecture du Coran est débattu entre les écoles.
| Acte | Pendant les règles | Référence |
|---|---|---|
| Entrer en ihram au miqat | Permis, avec le grand lavage recommandé | Abou Daoud 1744 ; Muslim 1209 |
| Talbiya, dhikr, invocations | Permis, selon les quatre écoles | Hadith d’Aïcha, al-Boukhari 305 |
| Tawaf | Reporté jusqu’à la purification | al-Boukhari 305 |
| Sa’i entre Safa et Marwa | Permis : la pureté n’est pas une condition du sa’i selon les quatre écoles | Encyclopédie ad-Dorar |
| Prière | Ne se fait pas, et ne se rattrape pas | Encyclopédie ad-Dorar |
| Rester dans la mosquée | Interdit selon les quatre écoles ; la traverser est admis par les chafiites et les hanbalites | Encyclopédie ad-Dorar |
| Lire le Coran de mémoire | Débattu : permis chez les malikites, refusé par une grande partie des autres savants | Encyclopédie ad-Dorar |
| Toucher le mushaf | Interdit selon les quatre écoles | Encyclopédie ad-Dorar |
Sources : al-Boukhari 305 ; Abou Daoud 1744 (jugé authentique par al-Albani) ; Muslim 1209 ; ad-Dorar as-Saniyya, Encyclopédie de fiqh, chapitres sur la femme en période de règles et sur les conditions du sa’i.
Que faire si les règles commencent avant le miqat ?
On entre quand même en ihram au miqat. Le Prophète a demandé à la femme en période de règles, comme à celle qui venait d’accoucher, de faire le grand lavage, d’entrer en ihram et d’accomplir les rites, sauf le tawaf. Ne pas franchir le miqat sans ihram en se disant « je reviendrai plus tard » : c’est l’erreur à éviter.
Deux hadiths le montrent. Abou Daoud rapporte d’Ibn Abbas que le Prophète a dit : « La femme en période de règles et celle qui vient d’accoucher, quand elles arrivent au miqat, font le grand lavage, entrent en ihram et accomplissent tous les rites, sauf le tawaf autour de la Maison. » Et Muslim raconte qu’Asma bint Oumays a accouché à Dhou al-Houlayfa, le miqat de Médine : le Prophète lui a fait dire de se laver et d’entrer en ihram.
Le grand lavage n’a ici rien à voir avec la purification. C’est une sunna de l’ihram, faite par propreté et par respect du moment. Pour le reste, la femme formule son intention, prononce la Talbiya et respecte les interdits habituels, détaillés sur notre page l’ihram.
Arrivée à La Mecque, elle s’installe et attend. Elle invoque, fait du dhikr, se repose. Le jour où elle est purifiée, elle fait son grand lavage, puis le tawaf, le sa’i et la coupe d’une mèche de cheveux.
Et si elles arrivent entre le tawaf et le sa’i ?
Elle continue. Le tawaf est fait, il compte. La pureté rituelle n’est pas une condition du sa’i selon les quatre écoles juridiques, et l’encyclopédie ad-Dorar range explicitement le sa’i parmi les actes permis à la femme en période de règles. Elle peut donc aller à Safa, faire ses sept parcours, couper sa mèche et sortir de l’ihram.
C’est un cas plus fréquent qu’on le croit, parce que le tawaf et le sa’i prennent plusieurs heures quand il y a du monde. Inutile de rentrer à l’hôtel et de tout recommencer.
Que faire si la date de retour arrive avant la purification ?
C’est le seul vrai casse-tête, et les savants y répondent différemment. La solution la plus sûre, citée par tous, est d’attendre ou de revenir à La Mecque pour faire le tawaf. Si c’est impossible, certaines écoles prévoient des solutions de nécessité. Le choix se fait avec le guide religieux du groupe, pas seul dans sa chambre.
La Direction de la fatwa de Jordanie résume bien l’éventail des avis :
- L’attente : suivre la consigne donnée à Aïcha, rester ou revenir pour faire le tawaf une fois purifiée. C’est le conseil de départ.
- L’avis chafiite, si l’on ne peut ni rester ni revenir : sortir de l’ihram comme une personne empêchée, par un sacrifice et la coupe des cheveux, en restant redevable du tawaf au prochain voyage.
- L’avis hanafite : le tawaf fait pendant les règles est interdit et oblige à un sacrifice, mais il libère de l’ihram.
- L’avis malikite admet le tawaf pendant une interruption de pureté au milieu des règles.
- Ibn Taymiyya a permis le tawaf à la femme qui craint de perdre son voyage.
Ces avis ne s’additionnent pas : on en suit un, celui de son école ou celui qu’un savant de confiance vous indique pour votre situation précise.
Sources : Direction de la fatwa du Royaume de Jordanie, fatwa 3182 (copie sur islamqa.org) ; al-Boukhari 305.
Comment organiser son voyage pour ne pas être prise de court ?
- Prévoir de la margeUn séjour de dix jours ou plus, avec plusieurs jours à La Mecque après l’arrivée, laisse le temps d’attendre sans stress.
- Arriver par Médine si possibleOn commence par Médine et l’on ne passe le miqat qu’en partant vers La Mecque, ce qui décale le tawaf de plusieurs jours.
- Prendre un billet modifiableUn vol de retour qui peut changer de date coûte souvent moins cher qu’une Omra inachevée.
- Réserver le permis au dernier moment utileLe permis Nusuk est lié à un créneau ; on ne peut pas l’annuler une fois le créneau commencé. Mieux vaut le prendre quand la date est sûre.
- Prévenir le guide dès le départIl a vu ce cas des dizaines de fois et saura ajuster le programme du groupe.
Et les jours d’attente, comment les vivre ?
Une pèlerine qui attend sa purification n’est pas mise à l’écart de son pèlerinage. Elle reste en ihram, donc en état de sacralisation. Elle peut faire du dhikr, invoquer pour elle et pour ceux qui le lui ont demandé, répéter la Talbiya. Beaucoup de femmes racontent que ces jours, vécus sans précipitation, ont compté autant que les rites eux-mêmes.
Si l’envie se pose de décaler ses règles par un traitement, c’est d’abord une question médicale, à voir avec son médecin avant le départ ; l’avis religieux se demande ensuite au guide ou à un savant.
Ceux qui partent pour le Hajj trouveront le cas du tawaf d’adieu, dont la femme est dispensée dans certaines conditions, sur notre page tawaf al-wada. Et si vous partez sans mahram, lisez aussi notre article Omra femme seule, qui aborde la question des dates avec un groupe.
Questions fréquentes
La Omra est-elle annulée si les règles arrivent ?
Non. La femme reste en état d’ihram et sa Omra n’est pas perdue : elle est simplement suspendue au tawaf. Une fois purifiée, elle fait son grand lavage, le tawaf, le sa’i et la coupe d’une mèche, et sa Omra est complète.
Peut-on reprendre un permis Nusuk après avoir attendu ?
Le permis Omra est lié à un créneau horaire. Selon la FAQ du ministère saoudien, si l’on arrive après son créneau, il faut attendre que le premier permis expire pour en obtenir un nouveau. Gardez donc une marge, et reprenez un créneau dès que vous connaissez votre nouvelle date.
Faut-il porter des vêtements particuliers pendant l’attente ?
Non. La femme garde ses vêtements habituels, amples et couvrants, comme pour tout l’ihram. Elle continue à respecter les interdits de l’ihram : pas de parfum, pas de coupe de cheveux ni d’ongles, visage et mains découverts.
Peut-elle entrer dans la Mosquée du Prophète à Médine ?
Rester dans une mosquée est interdit à la femme qui a ses règles selon les quatre écoles, ce qui vaut aussi pour la Mosquée du Prophète. Elle peut en revanche profiter de Médine, faire du dhikr, invoquer, et prévoir sa visite de la mosquée une fois purifiée.
La femme qui a ses règles peut-elle répéter la Talbiya ?
Oui. Le hadith d’Aïcha l’autorise à faire tout ce que fait le pèlerin sauf le tawaf, et les quatre écoles admettent le dhikr et l’invocation pendant les règles. Elle répète donc la Talbiya comme les autres, jusqu’au moment de commencer son tawaf.
Le rite qui attend : le tawaf
Une fois purifiée, la pèlerine reprend sa Omra là où elle l’avait laissée.