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Faire la Omra pour un défunt : le badal, ses conditions et ses limites

Un père qui rêvait de La Mecque et n’y est jamais allé, une mère partie trop tôt. Beaucoup de pèlerins de France veulent faire une Omra, ou un Hajj, en leur nom. Les textes le permettent. Ils posent aussi des conditions, et les écoles ne les lisent pas toutes de la même façon.

Le cimetière al-Baqi' et la Mosquée du Prophète à Médine

Peut-on faire la Omra pour un défunt ?

Oui. La majorité des savants admet qu’on fasse la Omra ou le Hajj à la place d’un défunt : c’est ce qu’on appelle le badal, ou pèlerinage par procuration. La condition principale, pour les chafiites et les hanbalites, est d’avoir d’abord accompli sa propre obligation. On fait une Omra par personne, avec l’intention formulée au nom du défunt au moment de l’ihram.

Le mot arabe « badal » signifie « à la place de ». Le remplaçant accomplit lui-même tous les rites, de l’ihram au tawaf, du sa’i à la coupe des cheveux, mais il le fait pour un autre. Ce n’est donc pas une prière pour le défunt, que chacun peut faire à tout moment : c’est un rite complet, accompli en son nom.

Les règles détaillées par les savants concernent surtout le Hajj, qui est un pilier de l’islam. Elles s’appliquent à la Omra par analogie, et un hadith la mentionne directement, comme on va le voir.

Sur quels hadiths repose le badal ?

Quatre hadiths fondent la pratique. La femme de Khath’am demande à faire le Hajj pour son père trop âgé (al-Boukhari, Muslim). Un homme demande à faire le Hajj et la Omra pour son père (Abou Daoud). Une femme de Jouhayna demande à faire le Hajj promis par sa mère défunte (al-Boukhari). Enfin, le hadith de Choubroumah pose la condition d’avoir fait son propre Hajj (Abou Daoud).

  • La femme de Khath’am. Pendant le pèlerinage d’adieu, elle dit au Prophète (paix et bénédictions sur lui) que l’obligation du Hajj a atteint son père, très âgé, qui ne tient pas sur sa monture, et demande si elle peut le faire pour lui. Il répond : « Oui. » Rapporté par al-Boukhari (n° 1513) et Muslim (n° 1334).
  • Abou Razin. Un homme des Banou ‘Amir explique que son père, très âgé, ne peut faire ni le Hajj ni la Omra. Le Prophète lui dit : « Fais le Hajj et la Omra pour ton père. » Rapporté par Abou Daoud (n° 1810), jugé authentique par al-Albani. C’est le texte qui cite la Omra en toutes lettres.
  • La femme de Jouhayna. Sa mère avait fait le vœu du Hajj et est morte avant. « Fais le Hajj pour elle. Si ta mère avait eu une dette, ne l’aurais-tu pas payée ? Acquittez la dette d’Allah, elle est plus en droit d’être acquittée. » Rapporté par al-Boukhari (n° 1852).
  • Choubroumah. Le Prophète entend un homme dire : « Labbayka, pour Choubroumah. » Il lui demande s’il a fait le Hajj pour lui-même. « Non. » « Fais le Hajj pour toi, puis fais-le pour Choubroumah. » Rapporté par Abou Daoud (n° 1811), jugé authentique par al-Albani.

Sources : Sahih al-Boukhari, Sahih Muslim et Sunan Abi Daoud, textes consultés sur sunnah.com.

Quelles conditions pour faire la Omra à la place de quelqu’un ?

Les conditions du remplaçant et de la personne remplacée, avec les avis des quatre écoles quand ils divergent.

ConditionCe que disent les écoles
Le remplaçant a déjà fait sa propre obligationCondition pour les chafiites et les hanbalites : sinon, le rite compte pour lui-même. Valable mais fortement détestable pour les hanafites ; détestable pour les malikites.
Un rite pour une seule personneCelui qui se met en ihram pour deux personnes accomplit le rite pour lui-même (al-Chafi’i, Ibn Qudama, al-Nawawi).
L’intention au nom de l’autreFormulée au moment de l’ihram ; les savants rapportent un accord sur ce point.
Homme ou femmeLes deux peuvent remplacer, par accord des quatre écoles ; les hanafites trouvent détestable qu’une femme remplace un homme.
Personne vivanteSeulement si elle est empêchée durablement (grand âge, maladie sans espoir de guérison) et avec son accord. Les malikites n’admettent pas le badal pour un vivant.
Personne capablePersonne ne peut déléguer son Hajj obligatoire s’il peut le faire lui-même : consensus rapporté par Ibn al-Moundhir et Ibn Qudama.

Sources : al-Dorar al-Saniyya, encyclopédie de fiqh, chapitre du Hajj par procuration ; IslamWeb, « Conditions of Hajj by Proxy » ; IslamQA, réponses 79681 et 65641.

Faut-il avoir fait sa propre Omra avant ?

Pour les chafiites et les hanbalites, oui : c’est le sens du hadith de Choubroumah, et celui qui n’a pas encore fait son propre Hajj voit le rite compter pour lui-même. Les hanafites jugent le badal valable dans ce cas, mais fortement détestable ; les malikites le jugent détestable. Le plus prudent est donc d’accomplir d’abord sa propre Omra, puis celle du défunt.

Dar al-Ifta, l’institution égyptienne des fatwas, conclut dans le même sens dans une ancienne fatwa : mieux vaut avoir fait son propre Hajj, « pour sortir de la divergence ». Pour la Omra, le Comité permanent des fatwas saoudien pose la même condition dans le cas d’un parent vivant et empêché : avoir déjà fait la Omra pour soi.

Que disent les écoles pour un défunt qui n’a jamais fait son Hajj ?

Les chafiites et les hanbalites traitent le Hajj non accompli comme une dette : il est financé sur la succession, testament ou non, avant le partage. Les hanafites et les malikites considèrent que l’obligation tombe avec la mort : on ne prélève sur l’héritage que si le défunt l’a demandé par testament, dans la limite du tiers.

SituationChafiites et hanbalitesHanafites et malikites
Le défunt pouvait faire le Hajj et ne l’a pas faitLe Hajj reste dû, comme une detteL’obligation tombe à la mort
Il l’a demandé par testamentPayé sur la successionPayé sur le tiers de la succession
Il n’a pas laissé de testamentPayé quand même sur la successionLes héritiers n’y sont pas tenus ; pour Abou Hanifa, un proche peut le faire, et l’on espère que cela acquitte le défunt
Il n’a laissé aucun bienPas d’obligation ; recommandé qu’un héritier le fassePas d’obligation pour les héritiers

Sources : al-Dorar al-Saniyya, Hajj pour un défunt ; IslamWeb, fatwa 298204 et article « Hajj by Proxy – II » ; Dar al-Ifta égyptienne, fatwa 6488, qui rapporte d’Abou Hanifa qu’on peut faire le Hajj pour un défunt sans testament et qu’on espère que cela l’acquitte. Pour un héritage, consultez un savant et, côté droit français, un notaire.

Comment se déroule une Omra pour un défunt ?

Elle se déroule comme toute Omra : ihram au miqat, tawaf, sa’i, puis rasage ou coupe des cheveux. La seule différence est l’intention, formulée au nom du défunt au moment de l’ihram, par exemple « Labbayka ‘umratan ‘an… » suivi de son nom, sur le modèle du hadith de Choubroumah. Chaque rite est ensuite accompli par le remplaçant lui-même.

Le remplaçant fait le tawaf et le sa’i à pied ou en fauteuil comme pour lui-même : il ne « transmet » rien en cours de route, il accomplit. Les détails de chaque étape sont dans notre article comment faire la Omra, et dans les guides du tawaf et du sa’i.

Côté administratif, chaque Omra demande un permis dans l’application Nusuk, à votre nom, pour un créneau précis. Le permis est gratuit et le nombre de Omra n’est pas limité : réservez un créneau pour votre propre Omra, puis un autre pour celle du défunt. Les démarches sont sur notre page Omra via Nusuk.

Deux Omra pendant le même séjour ? Faire sa propre Omra puis celle d’un défunt au cours du même voyage pose la question du lieu d’où l’on reprend l’ihram pour la seconde, et de la manière d’enchaîner les Omra, sur laquelle les savants divergent. Posez la question au guide religieux de votre groupe avant de partir.

Peut-on payer quelqu’un pour faire la Omra d’un défunt ?

Les malikites l’admettent tout en le jugant détestable, et les chafiites l’autorisent pour un défunt ou une personne empêchée ; c’est aussi l’avis retenu par les cheikhs Ibn Baz et Ibn ‘Uthaymin. Les savants insistent sur un point : choisir une personne pieuse et digne de confiance, dont on est sûr qu’elle accomplira réellement chaque rite.

Si l’on vous propose une « Omra badal » à distance contre paiement, sachez que nous n’avons trouvé aucun service officiel saoudien de ce type et que nous ne pouvons rien garantir sur ces offres. Si vous confiez cette Omra à quelqu’un, préférez une personne que vous connaissez, qui a déjà fait sa propre Omra.

Sources : al-Dorar al-Saniyya, chapitres sur l’embauche pour le Hajj et les conditions du remplaçant ; ministère saoudien du Hajj et de la Omra, FAQ (permis Omra).

Et pour un parent vivant mais trop âgé ?

Le badal pour un vivant n’est admis que s’il est empêché durablement, par le grand âge ou une maladie sans espoir de guérison, et avec son accord. Pour une Omra, le Comité permanent saoudien l’autorise dans ce cas ; le cheikh Ibn ‘Uthaymin, lui, refuse qu’on délègue pour un vivant un acte qui n’est pas obligatoire. Les malikites n’admettent pas le badal pour un vivant.

Avant d’en arriver là, beaucoup de parents âgés peuvent encore partir, accompagnés, en fauteuil ou en voiturette. Notre article sur la Omra d’une personne âgée fait le point. Et pour savoir qui est réellement tenu au Hajj, voyez les conditions du Hajj.

Sources : IslamQA, réponse 65641 (Comité permanent, fatwa 11/81 ; Ibn ‘Uthaymin) ; IslamWeb, « Conditions of Hajj by Proxy ».

Questions fréquentes

Peut-on faire une Omra pour ses deux parents décédés en une seule fois ?

Non. Une Omra se fait pour une seule personne. Al-Chafi’i, Ibn Qudama et al-Nawawi expliquent que celui qui se met en ihram pour deux personnes à la fois accomplit en réalité la Omra pour lui-même. Il faut donc une Omra distincte pour chaque parent.

Une femme peut-elle faire la Omra pour son père décédé ?

Oui. Les quatre écoles admettent qu’un homme ou une femme serve de remplaçant, selon l’encyclopédie al-Dorar al-Saniyya ; les hanafites trouvent seulement détestable qu’une femme le fasse pour un homme. Le hadith de la femme de Khath’am, qui demande à faire le Hajj pour son père, va dans ce sens.

Faut-il être un proche du défunt pour faire la Omra à sa place ?

Non. Pour les chafiites et les hanbalites, un Hajj surérogatoire peut être fait pour un défunt par un héritier comme par une personne sans lien de parenté. Ce qui compte, c’est que le remplaçant ait déjà accompli sa propre obligation et qu’il formule l’intention au nom du défunt.

Le défunt profite-t-il de la Omra faite pour lui ?

Les savants qui admettent le badal considèrent que le rite est accompli au nom du défunt. Ils s’appuient sur le hadith de la femme de Jouhayna, où le Prophète compare le Hajj fait pour une mère défunte au paiement d’une dette, rapporté par al-Boukhari. Ce qu’Allah accepte, Lui seul le sait.

Faut-il indiquer le nom du défunt dans l’application Nusuk ?

Le permis Omra se réserve depuis votre compte Nusuk, pour vous qui accomplissez les rites. À notre connaissance, l’application ne demande pas pour qui la Omra est faite : l’intention au nom du défunt se formule au miqat, au moment de l’ihram. Vérifiez l’écran de réservation au moment de prendre votre créneau.

لَبَّيْكَ اللَّهُمَّ لَبَّيْكَلَبَّيْكَ اللَّهُمَّ لَبَّيْكَلَبَّيْكَ اللَّهُمَّ لَبَّيْكَلَبَّيْكَ اللَّهُمَّ لَبَّيْكَلَبَّيْكَ اللَّهُمَّ لَبَّيْكَ

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Votre propre Omra d’abord, puis celle du défunt : les rites et les démarches sont les mêmes.