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Les conditions du Hajj : qui est tenu de faire le pèlerinage ?

Le Hajj est obligatoire une fois dans la vie, pour le musulman pubère, sain d’esprit, libre et qui en a la capacité. Cette dernière condition, l’istita’a, est celle qui pose le plus de questions aux musulmans de France : argent, dette, santé, et pour la femme, le mahram.

La vallée de Mina et ses tentes blanches

Quelles sont les conditions pour que le Hajj soit obligatoire ?

Les savants retiennent cinq conditions : être musulman, sain d’esprit, pubère, libre, et capable physiquement et financièrement. Quand elles sont toutes réunies, le Hajj devient obligatoire une fois dans la vie. Le Coran pose la règle dans la sourate 3, verset 97 : le pèlerinage de la Maison est un devoir envers Allah pour ceux qui en ont les moyens.

Le verset, dans la traduction de Muhammad Hamidullah : « Et c’est un devoir envers Allah pour les gens qui [en] ont les moyens, d’aller faire le pèlerinage de la Maison. » Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a ensuite rangé le Hajj parmi les cinq piliers sur lesquels l’islam est bâti, selon un hadith rapporté par al-Boukhari.

Que signifie chacune des cinq conditions ?

Les savants s’accordent largement sur la liste ; ils diffèrent surtout sur la façon de classer chaque condition.

ConditionCe qu’elle veut direRéférence
L’islamLe Hajj est un acte d’adoration : il ne vaut que pour le musulman.Condition d’obligation et de validité
La raisonLa personne privée de raison n’est pas tenue aux obligations religieuses.Hadith « le calame est levé pour trois », Abou Daoud 4403
La pubertéL’enfant peut faire le Hajj, mais ce Hajj ne remplace pas celui de l’adulte.Même hadith ; Muslim 1336
La libertéCondition historique, liée à l’esclavage d’autrefois ; elle ne concerne plus personne en pratique.IslamQA 41949 ; HanbaliDisciples
La capacité (istita’a)Avoir les moyens du voyage sans léser les siens, et la santé pour l’accomplir.Coran, sourate 3, verset 97

Chez les hanbalites, par exemple, l’islam et la raison sont des conditions à la fois d’obligation et de validité ; la puberté et la liberté, des conditions d’obligation et de « suffisance » (un Hajj fait avant ne compte pas comme le Hajj obligatoire) ; la capacité, une condition d’obligation seulement. Celui qui n’a pas la capacité mais fait quand même le Hajj accomplit un Hajj valable.

Pour l’enfant, un hadith rapporté par Muslim montre que son pèlerinage est accepté : une femme a levé un enfant vers le Prophète en demandant s’il avait un Hajj, et il a répondu : « Oui, et toi tu as une récompense. » Le cadi ‘Iyad rapporte l’unanimité des savants sur le fait que ce Hajj ne dispense pas du Hajj obligatoire à l’âge adulte. Les détails pratiques sont dans l’article Omra avec enfant.

Sources : Coran 3:97, traduction Hamidullah (quran.com) ; Sahih al-Boukhari 8 ; Sunan Abi Dawud 4403 (jugé authentique par al-Albani) ; Sahih Muslim 1336 ; IslamQA, réponses 41949 et 85299 ; HanbaliDisciples, d’après Hidayat al-Raghib.

Peut-on faire le Hajj quand on a des dettes ?

Une dette échue, que le créancier réclame, passe avant le Hajj : il faut la rembourser d’abord. Pour une dette à échéance lointaine, beaucoup de savants permettent le Hajj tant que la dépense ne compromet pas les remboursements, par exemple un crédit dont on paie les mensualités à l’heure. Le Hajj accompli malgré une dette reste valable, selon les fatwas hanafites consultées.

IslamQA résume ainsi la règle : on règle ses dettes avant de voyager, pour le Hajj comme pour le reste, et celle dont le terme est arrivé ne se repousse pas à cause du pèlerinage. Si la dette n’est pas encore exigible et que l’on peut à la fois partir et rembourser à l’échéance, le Hajj est permis. La même réponse cite le Comité permanent des savants saoudiens : le Hajj peut même être une cause de bien qui aide à rembourser.

Côté hanafite, plusieurs muftis (Darul Uloom Deoband, Conseil des oulémas d’Afrique du Sud) disent qu’il vaut mieux s’acquitter d’abord, mais que le Hajj accompli avec une dette en cours est valable, et qu’un crédit remboursé régulièrement n’empêche pas de partir. Si vous avez un prêt immobilier ou étudiant, c’est ce cas qui vous concerne : exposez votre situation à un savant de confiance.

Sources : IslamQA, réponse 83006 (citant Fatawa al-Lajna al-Da’ima, 11/46) ; fatwas hanafites publiées sur islamqa.org (Darul Uloom, Council of Ulama).

Et si l’on est trop malade ou trop âgé pour partir ?

Celui qui a les moyens mais dont la santé ne permettra jamais le voyage peut faire accomplir le Hajj à sa place. Une femme de la tribu de Khath’am a demandé au Prophète si elle pouvait faire le Hajj pour son père, très âgé, incapable de tenir sur sa monture ; il a répondu oui (al-Boukhari). C’est la base du Hajj par délégation, dit badal.

Les conditions de ce Hajj par délégation, et les avis des écoles, sont expliqués dans l’article sur la Omra pour un défunt. Les autorités saoudiennes ajoutent leur propre filtre médical : le ministère de la Santé demande aux pays d’origine de déclarer que le pèlerin ne souffre pas de certaines maladies graves, comme une insuffisance rénale sous dialyse ou une démence. Notre article sur la Omra pour une personne âgée détaille les aides sur place.

Sources : Sahih al-Boukhari 1513 ; ministère saoudien de la Santé, exigences sanitaires du Hajj de la saison 1447.

Une femme a-t-elle besoin d’un mahram pour le Hajj ?

Les écoles divergent. Selon la synthèse de Dar al-Ifta d’Égypte, les hanafites exigent le mari ou un mahram ; les malikites ne l’exigent pas si la sécurité de la femme est garantie ; pour les chafiites, la condition principale est la sécurité ; chez les hanbalites, deux avis sont rapportés de l’imam Ahmad. La règle saoudienne, elle, n’impose pas de mahram.

Le mahram est un homme de la famille que la femme ne peut pas épouser (père, frère, fils, oncle…) ou son mari. Le hadith de référence est rapporté par al-Boukhari : « Une femme ne voyage qu’avec un mahram. » Un homme a alors dit au Prophète que sa femme partait au Hajj alors qu’il devait rejoindre une expédition ; le Prophète lui a répondu : « Pars avec elle. »

Ceux qui exigent le mahram en tirent une conséquence directe : la femme qui n’en a pas n’est pas tenue de faire le Hajj, c’est la position présentée par IslamQA. Pour les malikites et les chafiites, c’est la sécurité de la femme pendant le voyage qui compte avant tout. Dar al-Ifta d’Égypte conclut que le Hajj est permis avec un mahram, une compagnie de confiance ou un encadrement responsable.

Deux questions différentes. L’administration saoudienne accepte les femmes sans mahram, dans des groupes de femmes : c’est une règle d’accès. Savoir si c’est permis pour vous est une question religieuse, qui se tranche avec le savant que vous suivez. L’article Omra femme seule sépare les deux plans en détail.

Sources : Sahih al-Boukhari 1862 ; Dar al-Ifta d’Égypte, fatwa 8127 ; IslamQA, réponse 41949 ; ministère saoudien du Hajj et de la Omra (FAQ, haj.gov.sa).

Faut-il partir dès qu’on remplit les conditions ?

IslamQA invite à se hâter dès que les conditions sont réunies, car personne ne sait si la santé ou les moyens dureront. Depuis la France, il y a une difficulté propre : on ne choisit pas son année. Les places s’obtiennent sur la plateforme Nusuk Hajj, saison par saison, et l’inscription ne garantit pas une place.

Concrètement, celui qui remplit les conditions s’inscrit à chaque ouverture et retente sa chance s’il n’obtient rien. Le calendrier et les étapes de l’inscription sont sur la page Hajj via Nusuk, et la date prévue du prochain pèlerinage sur la page date du Hajj.

Sources : IslamQA, réponse 41949 ; hajj.nusuk.sa.

Questions fréquentes

Le Hajj est-il obligatoire une seule fois dans la vie ?

Oui. Un homme a demandé au Prophète si le Hajj était à faire chaque année ; il a répondu que s’il disait oui, cela deviendrait obligatoire et que les gens n’en seraient pas capables (Muslim, hadith 1337). Une fois accompli, tout Hajj supplémentaire est surérogatoire.

Un converti doit-il faire le Hajj ?

Oui, s’il remplit les autres conditions. L’islam est la première condition : dès qu’une personne devient musulmane et qu’elle a les moyens, l’obligation la concerne comme tout autre musulman. Un Hajj accompli avant la conversion n’a pas de valeur religieuse.

Faut-il avoir fait la Omra avant le Hajj ?

Non, ce n’est pas une condition. On peut d’ailleurs combiner les deux dans un même voyage, selon la forme de Hajj choisie (tamattu’ ou qiran). La différence entre ces formes est expliquée dans notre article sur le Hajj tamattu.

Si je n’obtiens pas de place sur Nusuk, suis-je en faute ?

L’obligation est liée à la capacité. Savoir si l’absence de place une saison donnée vous en dispense pour cette année-là est une question à poser à un savant de confiance. En pratique, continuez à vous inscrire à chaque ouverture des comptes sur hajj.nusuk.sa.

Un mineur peut-il faire le Hajj ?

Religieusement, oui : son Hajj est valable et récompensé, mais il devra refaire le Hajj obligatoire après la puberté. Administrativement, le Hajj via Nusuk était fermé aux moins de 12 ans ces dernières saisons ; vérifiez la règle sur hajj.nusuk.sa.

لَبَّيْكَ اللَّهُمَّ لَبَّيْكَلَبَّيْكَ اللَّهُمَّ لَبَّيْكَلَبَّيْكَ اللَّهُمَّ لَبَّيْكَلَبَّيْكَ اللَّهُمَّ لَبَّيْكَلَبَّيْكَ اللَّهُمَّ لَبَّيْكَ

Vous remplissez les conditions ?

L’inscription, le visa et les forfaits passent par la plateforme officielle Nusuk Hajj.